Dépôt du texte
1ère lecture
1ère lecture
Examen
Examen de la proposition de loi visant à réformer les bourses sur critères sociaux et lutter contre la précarité étudiante (n° 2710) (Mme Soumya Bourouaha, rapporteure) ; examen de la proposition de loi, adoptée par le Sénat, relative à l’instauration d’une présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle (n° 2634) (M. Emmanuel Maurel, rapporteur).
Examen
Audition de Mme Marina Ferrari, ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative.
Proposition de loi relative à l’instauration d’une présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle
Article unique
I. – Le code de la propriété intellectuelle est ainsi modifié :
2° (nouveau) À la fin du 1° de l’article L. 811‑1‑1, les mots : « loi n° 2021‑1382 du 25 octobre 2021 relative à la régulation et à la protection de l’accès aux œuvres culturelles à l’ère numérique » sont remplacés par les mots : « loi n° du relative à l’instauration d’une présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’intelligence artificielle. »
Cet amendement de suppression reprend les arguments présentés par le Conseil
national des Barreaux.
Tout le monde veut défendre la propriété intellectuelle, mais encore faut-il le
faire sur des bases juridiques nationales et européennes solides et pas
simplement sur de « bons sentiments ».
1) Un cadre juridique européen déjà harmonisé et pleinement applicable
L’utilisation de contenus protégés pour l’entraînement des systèmes
d’Intelligence Artificielle (IA) est déjà encadrée par deux instruments
européens majeurs :
* La directive 2019/790 (DAMUN), qui prévoit des exceptions de fouille de
textes et de données (TDM) assorties d’un droit d’opposition clair pour les
ayants droit.
* Le règlement sur l’intelligence artificielle (AI Act), qui impose des
obligations de transparence sur les données d’entraînement des modèles à
usage général.
Le texte s’écarte de ce cadre harmonisé en introduisant une présomption
abstraite d’exploitation, fondée sur un simple indice, sans exigence de
démontrer un acte pertinent ou localisé. Elle modifie ainsi la logique même du
droit d’auteur européen, qui repose sur la preuve d’une reproduction ou d’une
communication au public.
2) Un dispositif générateur d’insécurité juridique
La présomption introduite repose sur l’existence d’un « indice rendant
vraisemblable » l’exploitation de contenus protégés, critère juridiquement large
et imprécis. Elle ouvre la voie à des contentieux fondés sur des éléments
indirects, tels que :
* Des résultats générés par les modèles ;
* Des similarités statistiques ou stylistiques ;
* Des prompts ou usages utilisateurs.
Le manque de précision de la notion d’« indice » crée une incertitude juridique
majeure et un problème pratique.
En l’absence d’obligation de prouver l’utilisation effective d’une oeuvre ou un
acte de contrefaçon avéré, un simple rapprochement stylistique ou thématique
pourrait suffire à établir un « indice » d’exploitation. Un tel niveau de
preuve, fondé sur de simples déductions plutôt que sur des faits établis, expose
les développeurs et utilisateurs d’IA à une insécurité juridique considérable.
3) Une constitutionnalité incertaine et des atteintes aux principes
fondamentaux
A. – Un renversement disproportionné de la charge de la preuve
Le texte impose aux fournisseurs d’IA de démontrer l’absence d’exploitation de
contenus protégés, autrement dit, de prouver un fait négatif.
Or :
Il est techniquement très difficile, voire impossible, de démontrer qu’un
contenu n’a pas été utilisé dans des corpus massifs et hétérogènes ;
La présentation intégrale des données d’entraînement est matériellement
irréalisable,
La charge probatoire devient insurmontable en pratique.
B. – Une atteinte aux droits fondamentaux et risques d’inconstitutionnalité
Le mécanisme instauré par le texte soulève de sérieuses interrogations au regard
des exigences constitutionnelles et conventionnelles applicables en matière de
responsabilité et de procédure :
Une atteinte à la présomption d’innocence : En matière pénale (la contrefaçon
constituant un délit), la présomption d’innocence, garantie par l’article 48 de
la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et par l’article 6 §2 de
la CEDH, impose que la culpabilité soit démontrée par l’accusation. En présumant
l’exploitation d’une oeuvre sur la base d’un simple indice, le dispositif
inverse cette logique fondamentale et fait peser sur le défendeur une charge
probatoire qui ne lui incombe pas.
Une atteinte au droit à un procès équitable : Le droit à un procès équitable
(Charte, art. 47 ; CEDH, art. 6 §1) suppose que le défendeur dispose d’une
possibilité réelle et effective de contester les griefs formulés à son encontre.
Or, exiger la preuve de l’absence d’utilisation d’un contenu (preuve par nature
négative) revient à priver l’intéressé de toute capacité concrète de renverser
la présomption, rendant la défense illusoire.
Une incompatibilité avec la jurisprudence constitutionnelle et européenne : Le
Conseil constitutionnel comme la Cour européenne des droits de l’homme
n’admettent les présomptions de culpabilité qu’à la condition qu’elles soient
strictement encadrées et effectivement réfragables. Compte tenu de son caractère
particulièrement large et de l’impossibilité pratique de rapporter la preuve
contraire, la présomption instaurée par le texte apparaît difficilement
réfragable. Une portée territoriale limitée et un risque de fragmentation
À cet égard, il convient de rappeler la jurisprudence du Conseil constitutionnel
rendue à l’occasion de la loi Hadopi 2, qui prévoyait également une présomption
de culpabilité en matière de contrefaçon sur internet et qui a été partiellement
censurée pour ce motif.
C. – Une portée territoriale limitée et un risque de fragmentation
Le droit d’auteur est largement harmonisé au niveau européen. Le texte va à
l’encontre de la logique européenne d’harmonisation et notamment du principe de
subsidiarité. Une fois l’harmonisation réalisée par l’Union européenne dans un
domaine :
Les États membres ne peuvent adopter des mesures nationales affectant la
substance ou l’application uniforme du droit (TFUE art. 2§1) ;
Toute modification des conditions de responsabilité ou des exceptions porte
atteinte à l’uniformité du marché intérieur.
Par ailleurs, le droit d’auteur européen doit répondre à quelques exigences : Il
exige la preuve d’un acte pertinent et sa localisation. Une présomption
abstraite dispense de ces exigences et modifie le droit substantiel.
D. – Limites de de l’autonomie procédurale nationale
En l’absence d’harmonisation procédurale, chaque État membre peut fixer ses
règles, sous réserve du respect des principes d’équivalence et d’effectivité.
Cependant, les règles nationales ne doivent pas rendre l’exercice des droits
européens impossible ou excessivement difficile.
Par ailleurs, la présomption d’utilisation envisagée porte atteinte aux droits
de la défense, à la présomption d’innocence et au droit d’auteur harmonisé.
E. – Une obligation de notification « Technical Regulation Information System »
(TRIS) non respectée et un risque d’inapplicabilité
Conformément à la directive (UE) 2015/1535 dite « directive TRIS », les États
membres sont tenus de notifier à la Commission européenne tout projet de
réglementation technique visant les services de la société de l’information.
Cette catégorie inclut nécessairement les fournisseurs de services
d’intelligence artificielle.
Le mécanisme de présomption instauré par le texte, dès lors qu’il est applicable
exclusivement ou principalement aux fournisseurs d’IA, ne peut être regardé
comme une simple règle de preuve neutre et générale.
Elle constitue au contraire une contrainte réglementaire sectorielle, encadrant
les conditions dans lesquelles ces services peuvent fonctionner et déterminant
les situations dans lesquelles leur responsabilité peut être engagée.
À défaut de notification TRIS :
– Le dispositif serait inapplicable ;
– Un fournisseur d’IA pourrait en contester la validité devant les juridictions
nationales, conformément à la jurisprudence de la CJUE. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
L’objectif poursuivi par la proposition de loi est d’encadrer les modèles d’IA
générative qui ont recours, pour leur entrainement, à l’utilisation en masse de
données. Il convient en conséquence de limiter son champ aux seuls fournisseurs
de modèles d’IA et d’exclure les acteurs en aval tels que les fournisseurs de
systèmes qui s’appuient sur ces modèles.
À cet égard, le Tribunal régional de Munich, dans un jugement
du 11 novembre 2025 GEMA c/OpenAI, a retenu que seul le fournisseur de modèle
est responsable de l’architecture des modèles et de la mémorisation des données
d’entrainement car ce sont ses modèles qui influencent de manière significative
les résultats. Le responsable du modèle ne peut pas reporter sa responsabilité
sur les autres acteurs de la chaine de valeur.
Comme l’a souligné le Gouvernement lors du débat public devant le Sénat, la
filière française et européenne de l’IA est en construction. Un champ
d’application trop large et non justifié du texte, qui engloberait tous les
acteurs nationaux utilisant un système d’IA, mettrait un coup d’arrêt à l’essor
du secteur et à notre souveraineté numérique.
Il est ainsi nécessaire que la proposition de loi fasse uniquement référence aux
fournisseurs de modèles. C’est l’objet du présent amendent.
Cet amendement a été travaillé avec la Fédération française des Télécoms. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Le texte adopté par le Sénat conditionne le déclenchement de la présomption à la
démonstration d’un « indice afférent au développement ou au déploiement » du
système. Cette notion d’indice afférent » est particulièrement vague : elle ne
désigne ni une catégorie juridique établie, ni une notion technique précise.
Dans sa rédaction actuelle, le texte laisse entière la question de ce qui
constitue un « indice » suffisant et de qui en supporte la charge probatoire
initiale. Cette incertitude risque de vider la présomption de son effet utile
ou, à l’inverse, de conduire à une application trop extensive.
Le présent amendement substitue à cette notion une liste limitative de
circonstances objectives, appréciables par les juridictions, qui déclenchent la
présomption. Cette rédaction s’inspire des mécanismes de preuve existants en
matière de contrefaçon et des obligations de transparence prévues par l’AI Act. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Le rattachement de la présomption au « résultat généré » par le système apparaît
susceptible d’introduire une confusion entre deux questions juridiquement
distinctes : d’une part, l’utilisation éventuelle d’une œuvre protégée lors de
l’entraînement d’un modèle ; d’autre part, la similarité pouvant exister entre
un contenu généré et une œuvre préexistante.
Or, l’existence d’un résultat généré présentant certaines similitudes avec une
œuvre ne permet pas, à elle seule, d’établir que cette œuvre a effectivement été
utilisée dans le cadre du développement du système.
Les modèles d’intelligence artificielle générative reposent sur des mécanismes
probabilistes susceptibles de produire des contenus similaires sans reproduction
directe d’une œuvre identifiée.
Le maintien de cette référence au « résultat généré » pourrait ainsi favoriser
des interprétations extensives du dispositif et conduire à des contentieux
fondés principalement sur l’apparence des résultats produits.
Le présent amendement vise donc à recentrer le mécanisme de présomption sur les
seules opérations d’utilisation de contenus protégés dans le cadre du
développement du système. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Le présent amendement vise à assurer une meilleure articulation entre le
mécanisme de présomption instauré par la proposition de loi et le régime
européen applicable à la fouille de textes et de données prévu par la directive
(UE) 2019/790.
Le droit européen prévoit déjà un mécanisme d’opposition permettant aux
titulaires de droits de refuser l’utilisation de leurs œuvres dans le cadre
d’activités de text and data mining.
Dans ce contexte, il apparaît incohérent de faire jouer automatiquement une
présomption d’utilisation alors même que le titulaire de droits n’a pas exercé
les facultés d’opposition mises à sa disposition par le droit de l’Union
européenne.
À défaut, le dispositif proposé reviendrait à affaiblir l’équilibre recherché
par le législateur européen entre protection des titulaires de droits et
développement des technologies d’intelligence artificielle.
Le présent amendement vise donc à conditionner explicitement l’application de la
présomption à l’exercice préalable d’un opt-out valable et approprié. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Le présent amendement vise à assurer la cohérence entre le dispositif national
proposé et le cadre harmonisé instauré par le règlement (UE) 2024/1689 sur
l’intelligence artificielle.
Le règlement européen prévoit déjà des obligations spécifiques de transparence
applicables aux fournisseurs de modèles d’intelligence artificielle à usage
général, notamment en matière d’information sur les données utilisées dans le
cadre de l’entraînement des modèles.
Dans ce contexte, il apparaît disproportionné d’imposer des contraintes
probatoires supplémentaires aux opérateurs respectant déjà les obligations
prévues par le droit de l’Union européenne.
À défaut, le dispositif proposé risquerait de créer une surtransposition
nationale de nature à fragiliser la sécurité juridique des acteurs économiques
et à introduire des divergences au sein du marché intérieur européen.
Le présent amendement vise donc à éviter qu’une présomption d’utilisation ne
puisse être retenue à l’encontre d’un fournisseur respectant les obligations de
transparence prévues par l’AI Act.
Pour autant, la rédaction de cet amendement montre aussi l’incongruité de
produire du droit national sur un sujet déjà encadré par le droit européen, sans
se soucier de la compatibilité entre les deux... | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
La rédaction actuelle de l’alinéa 3 retient un standard probatoire
particulièrement bas – un « indice » rendant l’utilisation
« vraisemblable » – pour déclencher une présomption aux effets juridiques
considérables pour les fournisseurs d’IA.
Ce seuil, très faible, crée un risque d’instrumentalisation contentieuse et de
multiplication de procédures infondées, pouvant peser lourdement sur des
entreprises françaises et européennes développant des modèles.
Un standard exigeant un faisceau d’indices concordants serait davantage conforme
aux équilibres du droit de la preuve civil en France, et permettrait de mieux
concilier protection des droits des créateurs et sécurité juridique des acteurs
de l’IA. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Le droit d’auteur ne protège pas le style, et cette limite est constitutive du
droit de la propriété intellectuelle dans tous les systèmes juridiques. Cet
amendement ne remet pas en cause ce principe : il ne crée pas une protection du
style en tant que telle. Il ouvre en revanche un droit à l’information
permettant à l’auteur concerné d’établir, le cas échéant, que ses œuvres ont
bien été utilisées pour l’entraînement du modèle, ce qui relève, lui, de la
protection existante.
Le mécanisme retenu, une demande de communication suivie d’une présomption en
cas de silence, est cohérent avec la logique générale du texte adopté par le
Sénat et proportionné à l’objectif poursuivi. Le délai de soixante jours laisse
au fournisseur un temps raisonnable pour répondre. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Le texte actuel ne précise pas si la présomption s’applique aux œuvres du
domaine public. Cette omission pourrait créer une insécurité juridique inutile,
car les œuvres libres de droits (ex : textes de Victor Hugo, musiques de
Beethoven) ne devraient pas déclencher la présomption.
Cet amendement clarifie que les biens communs culturels restent accessibles sans
risque pour les fournisseurs d’IA, conformément à l’esprit du droit d’auteur. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
L’objectif poursuivi par la proposition de loi est d’encadrer les modèles d’IA
générative qui ont recours, pour leur entrainement, à l’utilisation en masse de
données. Il convient en conséquence de limiter son champ aux seuls fournisseurs
de modèles d’IA et d’exclure les acteurs en aval tels que les fournisseurs de
systèmes qui s’appuient sur ces modèles.
À cet égard, le Tribunal régional de Munich, dans un jugement
du 11 novembre 2025 GEMA c/OpenAI, a retenu que seul le fournisseur de modèle
est responsable de l’architecture des modèles et de la mémorisation des données
d’entrainement car ce sont ses modèles qui influencent de manière significative
les résultats. Le responsable du modèle ne peut pas reporter sa responsabilité
sur les autres acteurs de la chaine de valeur.
Comme l’a souligné le Gouvernement lors du débat public devant le Sénat, la
filière française et européenne de l’IA est en construction. Un champ
d’application trop large et non justifié du texte, qui engloberait tous les
acteurs nationaux utilisant un système d’IA, mettrait un coup d’arrêt à l’essor
du secteur et à notre souveraineté numérique.
Il est ainsi nécessaire que la proposition de loi fasse uniquement référence aux
fournisseurs de modèles. C’est l’objet du présent amendent. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||